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Mutilations génitales: 30% de filles victimes dans l’Extrême-Nord du Cameroun.

10 février 2026
Temps de lecture : 4 minutes

« Quand j’étais enfant, je débordais de joie. Mais après l’excision, j’ai rencontré de nombreuses difficultés. J’ai été très malade et j’ai beaucoup souffert », confie Heya, qui n’avait que 9 ans lors de cette épreuve. Originaire du Logone et Chari, elle garde encore, 14 ans plus tard, un souvenir vif de cet événement.

D’après les statistiques du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, 30 % des filles subissent de mutilations génitales. Ce problème demeure, même après l’adoption de lois visant à prévenir, décourager et punir les responsables. Chaque année, des jeunes filles entre 5 et 15 ans subissent ces pratiques, qui se déroulent souvent sous le regard tolérant des membres de leur famille.

Des cicatrices physiques et psychologiques à vie

Dr Djibrine, infirmier-accoucheur, souligne que « les victimes subissent en silence des douleurs physiques et psychologiques intenses. Les complications sur leur santé se manifestent à court et moyen terme ». Le praticien précise que ces maux « incluent des saignements importants, des chocs, voire le tétanos. A long terme, le vagin peut se rétrécir, rendant l’accouchement dangereux et compliqué ».

Au-delà de la douleur ressentie sur le moment, les filles victimes d’excision endurent des traumatismes psychologiques profonds qui marquent durablement leur enfance. Pire, des infections persistantes mettent en péril leur santé. L’excision peut aussi provoquer des troubles urinaires et reproductifs, parfois irréversibles. Sur le plan social, ces jeunes filles s’exposent à la stigmatisation et à l’exclusion au sein de leur communauté.

Des dispositions légales fermes 

Le Cameroun a adopté des lois pour sanctionner les mutilations sexuelles et protéger les jeunes filles. Selon la Loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 (Code pénal, art. 277 et suivants), l’excision est punie de 10 à 20 ans de prison, voire à perpétuité si la victime décède. Le délégué Mirop Souleyman Moussa encourage l’application stricte de ces mesures.

Des efforts accrus pour briser les traditions et coutumes avilissantes

Les partisans des mutilations génitales féminines invoquent la préservation de la chasteté et la prévention de la fornication comme motifs justifiant cette pratique. Dix ans après l’adoption de lois spécifiques et la mise en œuvre de multiples campagnes de sensibilisation, les mutilations génitales persistent dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun.

Le changement culturel espéré tarde à s’imposer, et l’excision continue malgré les dangers qu’elle représente pour la santé des filles. Le combat pour protéger les jeunes filles, obtenir justice et réparations se poursuit. Les associations locales intensifient leurs ateliers de sensibilisation auprès des familles et communautés afin de dénoncer cette pratique. De plus en plus de victimes prennent la parole, mettant fin au silence et incitant d’autres jeunes filles à se prémunir.

« 23 millions de filles restent menacées », selon l’ONU

Le Secrétaire général de l’ONU dénonce les mutilations génitales féminines, « pratiques contraires aux droits humains universels que sont les droits à la vie, à la santé et à l’intégrité corporelle » Faits et chiffres à l’appui, « elles causent des dommages durables à plus de 230 millions de femmes et de jeunes filles dans le monde » précise António Guterres.

Rappelant que le monde s’est engagé à mettre fin à cette pratique dangereuse d’ici à 2030, quatre ans avant l’échéance, « 23 millions de filles restent menacées », selon l’ONU.

« Pour arriver à zéro, un engagement politique solide et des investissements durables sont nécessaires. Les gouvernements, la société civile, les professionnels de la santé et les chefs traditionnels et religieux ont tous un rôle à jouer » exhorte le chef de l’ONU.

La Journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines, célébrée chaque 6 février, rappelle l’urgence d’agir face à cette grave atteinte aux droits des filles et des femmes. Instituée par l’ONU en 2012, elle offre à l’UNICEF l’occasion de réaffirmer son engagement envers les millions de survivantes et celles encore menacées par cette pratique.

Pour en savoir plus:  https://www.unicef.fr/convention-droits-enfants/protection/violences-et-agressions-sexuelles/excision-et-mutilations-genitales-feminines/

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Nasser Boulo

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