Dans le village de Hillé-Djalal, en province du Lac au Tchad, les agriculteurs vivent sous la menace permanente du passage des animaux sauvages. Parmi eux, Mariam Mbodou, 35 ans révolus mère de six enfants, lutte chaque jour pour protéger son champ, ses récoltes et la survie de sa famille.
De ce village du département de Kouloukimé, Mariam Mbodou conduit l’équipe de Ndarason vers son polder situé à 2 km de sa maison. Sur la route, des arbres déracinés, des branches arrachées et des tas d’excréments d’animaux jonchent le passage. « Nos champs sont tous les jours dévastés par les animaux sauvages notamment les éléphants. Ces éléphants viennent souvent lorsque nos plantes produisent des fruits. Ils ont traversé mon champ quatre fois cette année. Des sacs des récoltes sont partis. Chaque fois qu’ils passent, nous serons obligés de semer à nouveau ». Mariam Mbodou constate les dégâts causés par les éléphants.
Baisse des récoltes du fait des pachydermes
Mariam Mbodou ne vit que de l’agriculture. Elle a quitté le village pour s’installer dans son polder jusqu’à la fin des récoltes. Sur près de 4 hectares, elle cultive piment, patates douces, arachides, gombo, concombres, maïs et arbres fruitiers, notamment du citron. Ces récoltes maraîchères et fruitières lui rapportaient plus d’un million de francs CFA par saison, un revenu désormais impossible à atteindre. « Chaque pied de citron nous produisait au moins un sac de fruits. Malheureusement, les éléphants les ont tous déracinés. Pourtant un sac de citron se vendait à 2000 francs. Regardez ce palmier dattier et ce manguier, ils ont tous été déracinés par les éléphants. Ce sont des pertes énormes ». Au crépuscule, des agriculteurs, tous fatigués, rentrent au village. Pourtant Mariam, physiquement épuisée, se prépare, telle une guerrière à monter la garde de nuit dans son champ.
Des nuits blanches pour sauver les récoltes
« La nuit je ne connais pas de sommeil. Celui qui dort la nuit retrouvera son champ dévasté le matin. Chaque nuit nous nous cachons dans les herbes et lorsque les éléphants se pointent, nous frappons sur des ustensiles et générons des bruits pour les faire fuir. Regarde on dirait des humains, ils cassent toutes les plantes adultes et nous laissent que des petites ».
Après une nuit blanche et des séquences de concerts nocturnes de casseroles, Mariam ne passe pas une journée tranquille. Elle inspecte son vaste champs et constate, impuissante, la mort d’une portion de ses cultures.
Défis climatiques, en plus du saccage des éléphants
Les chaleurs, les défis d’arrosage et le retard des pluies compliquent la tâche de Mariam Mbodou. « Quand nos plantes fruitières étaient vivantes, ça nous aidait à acheter du gasoil et de gaz butane pour arroser nos champs. Maintenant, les plantes sont mortes à cause des éléphants. Même le gaz butane qui est à 2000 francs à N’Djamena nous arrive à 4000 à cause du transport et c’est pour deux jours seulement. Quand nous nous tournons vers les énergies renouvelables, les éléphants nous disent que c’est mal les connaître. Regardez vous-mêmes. Ils ont cassé nos panneaux solaires. Vous voyez celui-là, ils l’ont arraché du toit pour le frapper au sol. Maintenant, ils ne fonctionnent plus ».

« Les éléphants et nous-même appartenons tous à l’État » dixit Mariam
Les humains ne peuvent rien face aux pachydermes. Mariam rapporte que les autorités préfèrent sauver la faune au détriment des biens des habitants. « Le chef de village n’a aucune solution à nous apporter face aux éléphants. Ils appartiennent à l’État. Malheureusement, aucune autorité n’est venue compatir avec nous, même pas une fois ».
Mariam appelle les autorités à prendre des dispositions pour protéger les biens des agriculteurs face aux éléphants. « L’Etat doit savoir que si quelqu’un quitte son village pour vivre dans son champs, ce n’est pas de son gré. Il ne doit pas ignorer notre souffrance. Les éléphants et nous-même lui appartenons ».
Comme Mariam, des milliers de femmes rurales tchadiennes passent des nuits blanches à protéger son polder contre la faune sauvage espérant limiter les pertes agricoles. Elles s’adaptent autant que possible aux effets du changement climatique. Par leur détermination, elles protègent leurs familles de la famine et contribuent à la lutte contre l’insécurité alimentaire dans le bassin du lac Tchad.
Mahamat Moustapha Mainou, journaliste à Ndarason, a produit ce portrait dans le cadre du projet Union Africaine de radiodiffusion UAR–UNESCO pour le développement des médias des pays du Bassin du Lac Tchad. Des journalistes ont reçu une formation dans la couverture des changements climatiques et la réduction des risques de catastrophes dans un contexte de conflit et de fragilité.








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