Pasteurs transhumants, agriculteurs et migrations de pachydermes dans un seul village, ça ne fait pas bon ménage et ça craint ! Un homme veille nuit et jour à prévenir des conflits agriculteurs-éleveurs dans son village. Son nom : Blama Adam Koré. Le Chef du village Hillé-Djalal mène des actions avant l’afflux des éleveurs.
« Les conflits commencent souvent au passage des nomades. Parfois leurs bétails détruisent les champs des agriculteurs; les éleveurs ne leur disent même pas de mots gentils. C’est pourquoi les agriculteurs sont souvent remontés quand ils constatent les dégâts. Avant leur arrivée, je sensibilise toujours la population à protéger leurs champs et à agir avec calme jusqu’à leur départ ».
Des maigres ressources à partager entre autochtones, nomades et bétails
Blama Adam Koré, 65 ans révolus, dirige le village Hillé-Djalal depuis 20 ans. Il affirme que son village est devenu un campement-carrefour pour les éleveurs de toutes les espèces de bétails. Pourquoi? « L’insécurité dans les iles du lac Tchad et la sècheresse dans l’est du pays », affirme-t-il. Problème : le village ne dispose pas d’assez de forages pour suffire à tout le monde. Dans ce cas, les habitants de Hillé-Djalal doivent partager le peu de ressources dont ils disposent avec les nomades et leurs bétails.
Des maigres ressources à partager entre autochtones, nomades et bétails
Des incidents récurrents surviennent entre éleveurs et agriculteurs. Blama Adam Koré rapporte, toutefois, peu des violences entre les protagonistes. Comment procède–t-il? « Quand les bétails détruisent les champs, je reçois les plaintes et je regroupe toutes les parties concernées. Après que les éleveurs ont reconnu les faits, nous convenons d’une réparation qu’ils doivent payer. Je rédige un PV et fais mon rapport aux autorités administratives. Si les éleveurs n’acceptent ma résolution, je les renvoie à la brigade », explique le chef du village.
Impuissant face aux passages ravageurs des éléphants
Malgré les veilles nocturnes, les sifflets et tous les efforts consentis, le chef du village Hillé-Djalal avoue son impuissance face aux pachydermes. « Cela fait plus de 6 ans que les éléphants détruisent nos champs agricoles. Presque 20 villages environnants ont subi des dégâts ces dernières années. J’en ai parlé plusieurs fois à la radio, même chez vous mais personne ne m’a répondu. Mais lorsqu’un éléphant, un renard ou une gazelle est tuée, on voit tout de suite une foule des militaires qui viennent imposer des amendes aux villageois »
Blama Adam Koré se souvient de l’époque où ces pachydermes passaient autour de son village sans voler la quiétude aux agriculteurs. Cette belle époque n’est plus qu’un souvenir aujourd’hui.

Blocage et occupation des corridors naturels des éléphants
« Le problème avec les éléphants c’est que ce sont nos autorités elles-mêmes qui ont occupé leurs passages. Quand les éléphants venaient du Cameroun, ils traversaient le fleuve Chari et repartaient sans problème. Maintenant, tout est occupé par les autorités qui font des jardins devant le fleuve et des grillages qui empêchent les éléphants de traverser. C’est ce qui les a poussés à se frayer des passages dans nos villages » analyse Blama Adam Koré.
Comme qui dirait dans ce cas, la victime est le coupable du blocage des routes de migration naturelle des éléphants ! La réhabilitation des corridors naturels des éléphants pourrait redonner aux agriculteurs de Hillé-Djalal la quiétude d’antan.
Des experts suggèrent d’autres solutions simples mais efficaces. Elles visent à réduire les intrusions des éléphants sans recourir à la violence. Parmi ces mesures: de tours de guet pour surveiller les champs, des barrières à base de solutions naturellement répulsives pour les pachydermes (piment, citronnelle, cactus), kits de dissuasion fournis aux communautés (torches, sifflets, dispositifs sonores), ou encore des enclos sécurisés pour le bétail.
Pour aller plus loin: https://noe.org/conflits-humain-faune-tchad-co-existence-durable-possible/
Ecoutez le portrait intégral du Chef Blama Adam Koré.
Hillé-Djalal héberge environ 600 habitants vivant dans une centaine de maisons; ce village du département de Koulkimé se trouve à environ 75 km au nord-ouest de Bol, chef-lieu de la province du Lac. La situation géographique et la stabilité de la localité transforme le village un endroit parfait pour les éleveurs transhumants.
Mahamat Moustapha Mainou, journaliste à Ndarason, a produit ce portrait dans le cadre du projet Union Africaine de radiodiffusion UAR–UNESCO pour le développement des médias des pays du Bassin du Lac Tchad. Des journalistes ont reçu une formation dans la couverture des changements climatiques et la réduction des risques de catastrophes dans un contexte de conflit et de fragilité.







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