Kaka Modou, une fillette de 13 ans, vit sur le site de déplacés d’Abacherifti, à une vingtaine de kilomètres de Liwa, dans la province du Lac. « J’ai perdu mes parents lors des attaques de Boko Haram. Aujourd’hui, je m’occupe de la maison et je vais aussi au marché hebdomadaire pour trouver de quoi nourrir mes frères. »
Orpheline, elle exécute chaque jour des travaux ménagers et s’occupe de ses petits frères et sœurs. Son grand frère, parti en Libye depuis 2 ans, ne donne plus des nouvelles.
Dans la tente voisine, Kanney Kongoi âgée de 14 ans, orpheline elle aussi, porte sur ses frêles épaules, les charges d’une maisonnée des frères et sœurs. « Je prépare les repas du matin et du soir pour mes petits frères et mes petites sœurs. Je m’occupe aussi des tâches ménagères et je prends soin d’eux, notamment en les lavant. »
Survivre dans la précarité alimentaire et financière
« Nous n’avons rien : ni argent, ni nourriture. Si nous en trouvons, cela nous aide à nous soigner et à acheter de quoi manger au marché », souligne Kanney. Le village d’Abacherift héberge des dizaines d’autres fillettes qui assument des responsabilités d’adultes. Pour elles, les travaux domestiques ne sont plus des simples gestes du quotidien. C’est une question de survie. Chaque jour, elles sillonnent les rues, vendent du bois sec ; elles préparent et vendent des gâteaux pendant le marché hebdomadaire. À 13 et 14 ans, Kanney Kongoi et Kaka Modou devraient surtout aller à l’école, jouer et aider parfois leurs parents.
Des fillettes orphelines, adultes précoces malgré elles
Sous deux tentes de fortune, Kanney Kongoi et Kaka Modou ont dû grandir vite, devenant trop tôt cheffes de famille. Fatimé Modou, femme adulte déplacée elle aussi, vit tout près des deux orphelines. Elle connaît leur quotidien. Pour elle, ces responsabilités confiées aux enfants ne relèvent pas d’un choix, mais d’une nécessité imposée par la survie sur le site. « Les enfants qui ont perdu leurs parents lors des exactions de Boko Haram vivent dans des conditions très difficiles. Nous leur apportons parfois un peu de nourriture et les aidons à jouer avec les autres enfants. »

Appel à une assistance structurée et plus importante
Les voisins apportent une aide modeste aux fillettes. Mais face à l’ampleur des besoins, elle ne suffit pas. Boulama Modou, leader local, appelle à une mobilisation plus large. « Nous, chefs de village, partageons le peu que nous avons avec les enfants ayant perdu leurs parents à la suite des attaques de Boko Haram. Nous demandons aux ONG de nous venir en aide face à cette situation difficile. » Cette assistance reste ponctuelle. Dans la réalité, les besoins sont quotidiens et récurrents.
Les autorités publiques interviennent autant qu’elles peuvent. C’est le cas de la Délégation provinciale de la Femme et de la Petite Enfance du Lac. « Avec l’appui des partenaires, nous identifions les enfants séparés et non accompagnés dans les différents sites de déplacés. Ces enfants sont ensuite placés dans des familles d’accueil, le temps de rechercher leurs familles biologiques afin de faciliter leur réunification » précise Abdelkerim Adam Delley, chef du service suivi-évaluation avec les partenaires. Dans la réalité, les procédures administratives trainent.
Lutte permanente de survie et rêves brisés
Kanney Kongoi et Kaka Modou survivent dans des conditions difficiles et impitoyables. À la tombée de la nuit, les abris se referment ; les plus petits s’endorment. Kaka Modou, les paupières alourdies par le sommeil, regarde à travers les pailles de la tente le ciel étoilé. Elle se répète le même vœu : « Mes petits frères, mes sœurs et moi-même aimerions fréquenter l’école, mais il n’y en a pas sur ce site. »
Dans ses rêves, Kaka Modou voit son amie Kanney Kongoi, ses frères et sœurs apprendre dans une salle de classe, jouer dans une cour d’école et rentrer à la maison. Le froid de l’aube la réveille et la ramène à la dure réalité : une fillette orpheline cheffe de ménage, vivant sous une tente de fortune dans un camp de personnes déplacées à Abacherifti.
Écoutez le reportage entier ici :
L’insécurité croissante des groupes armés non-étatiques perturbe la scolarité de plus de 90 000 enfants de 6 à 17 ans, selon l’ONU. Le Plan de Réponse Humanitaire 2026 pour le Tchad précise que le cluster éducation vise à assurer un accès équitable et inclusif à l’éducation pour les enfants de 3 à 17 ans affectés par les crises. Les interventions incluent la mise en place d’espaces temporaires d’apprentissage, le recrutement et la formation de maîtres communautaires, et la distribution de kits scolaires. Le cluster cherche à réduire le nombre de sites de déplacés et retournés sans accès à l’éducation. Pour aller plus loin, lire les détails ici : https://humanitarianaction.info/document/tchad-besoins-et-plan-de-reponse-humanitaire-2026/article/34-education-9







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